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Histoire de la médaille de baptême en France

Offrir une médaille à un enfant le jour de son baptême paraît aujourd'hui aller de soi. Pourtant, cette coutume est plus récente qu'on ne l'imagine : elle ne s'est fixée qu'au XIXe siècle, au croisement de trois histoires bien plus longues — celle des objets de dévotion portés sur soi depuis le Moyen Âge, celle des cadeaux de baptême, et celle d'une industrie française de la médaille dont Saumur fut la capitale.

Avant la médaille : les enseignes de pèlerinage

Bien avant la médaille de baptême, les chrétiens portaient sur eux des signes de leur foi. Du XIIe au XVIe siècle, les pèlerins rapportaient des sanctuaires de petites plaques de plomb ou d'étain, les enseignes de pèlerinage, cousues au chapeau ou au manteau : coquille de Saint-Jacques, effigie d'un saint, image d'une Vierge vénérée. Le Musée national du Moyen Âge, à Paris, en conserve plusieurs centaines, dont beaucoup furent retrouvées dans la Seine.

Ces enseignes disparaissent à la fin du XVIe siècle. Selon le numismate Jean Tricou, elles sont alors remplacées par « les médailles rondes ou ovales à bélière encore en usage de nos jours ». Les fouilles menées en Provence confirment cette transition : à la fin du XVe et au XVIe siècle, la forme des enseignes évolue et annonce l'apparition de médailles en alliage de cuivre. La médaille religieuse telle que nous la connaissons — ronde, percée d'une bélière, portée au cou — naît à ce moment-là.

Le XVIe et le XVIIe siècle : la Contre-Réforme et l'essor de la dévotion

Le concile de Trente (1545-1563), en réaffirmant face à la Réforme protestante le culte des saints et la légitimité des images sacrées, ouvre une longue période de floraison des objets de piété. Médailles, chapelets et crucifix se multiplient aux XVIIe et XVIIIe siècles. On les bénit, on les porte, on les offre ; ils accompagnent les grandes étapes de la vie chrétienne.

C'est dans ce contexte qu'apparaissent en France des centres spécialisés. À Saumur, en Anjou, le pèlerinage à Notre-Dame des Ardilliers attire dès le XVIIe siècle des foules de fidèles. Autour du sanctuaire s'installent les patenôtriers, artisans fabricants de chapelets, dont le nom vient du Pater Noster. De la fabrication des chapelets à celle des médailles, il n'y a qu'un pas : les cœurs et les croix des chapelets, en métal, commencent à être frappés, puis viennent les médailles elles-mêmes.

1770 : naissance d'une industrie à Saumur

En 1770, les frères Mayaud fondent à Saumur une première véritable entreprise de fabrication d'objets religieux. Le mémoire de maîtrise que l'historien Benjamin La Combe a consacré à l'entreprise Mayaud, déposé aux Archives municipales de Saumur, en retrace l'histoire de 1710 à 1901 : société en nom collectif attestée dès 1808, dirigée sous l'Empire par Pierre Mayaud, puis par Noël-Henry Mayaud, qui fut aussi maire de la ville. Peu après sa création, le secteur emploie déjà 500 à 600 personnes dans le Saumurois.

Le XIXe siècle voit ce savoir-faire changer d'échelle. Une quinzaine de fabriques de chapelets sont recensées autour de Saumur. La production, longtemps réalisée « en chambre » par des artisans indépendants payés à la tâche, se concentre dans de grands ateliers à partir des années 1830 et 1840. Mayaud-Frères installe une machine à vapeur en 1859, remplacée par une plus puissante en 1861, et fait construire de vastes locaux entre 1860 et 1874. En 1855, l'entreprise s'associe à la Monnaie de Paris. La frappe mécanique — l'estampage, qui imprime le relief d'un coup sous une matrice gravée — permet désormais de produire des médailles fines et régulières en grande quantité. Le chemin de fer les diffuse dans toute la France. On parle alors des « articles de Saumur », et la ville devient la capitale française de la médaille.

1830-1832 : la Médaille miraculeuse change tout

Un événement parisien va donner à la médaille religieuse une popularité sans précédent. En 1830, dans la chapelle des Filles de la Charité de la rue du Bac, une jeune novice, Catherine Labouré, rapporte plusieurs apparitions de la Vierge Marie. Celle-ci lui aurait demandé de faire frapper une médaille à son effigie, portant l'invocation « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ».

Après deux ans d'hésitations de son confesseur, l'archevêque de Paris, Mgr de Quélen, autorise la frappe. Les premières médailles sortent en juin 1832, réalisées par l'orfèvre parisien Adrien Vachette, en pleine épidémie de choléra. Les Filles de la Charité les distribuent d'abord aux malades des hôpitaux. Des guérisons et des conversions leur sont aussitôt attribuées ; le peuple la baptise « médaille miraculeuse ». Les chiffres donnent la mesure du phénomène : 500 000 exemplaires distribués en 1834, plus de dix millions en sept ans, et le cap du milliard dépassé à la mort de Catherine Labouré en 1876. D'après les archives familiales conservées par la Manufacture Mayaud, c'est l'entreprise saumuroise qui aurait ensuite assuré la frappe de la Médaille miraculeuse à grande échelle — un rôle cohérent avec sa puissance industrielle de l'époque et son association ultérieure avec la Monnaie de Paris.

Pour la première fois, une médaille religieuse est portée au cou par des millions de Français de toutes conditions. Elle installe durablement l'idée qu'une médaille peut être un signe de protection que l'on garde sur soi toute sa vie — et prépare le terrain à la médaille de baptême.

Que donnait-on au baptême avant la médaille ?

Le baptême a toujours été l'occasion de présents. Sous l'Ancien Régime, dans les familles nobles puis bourgeoises, le parrain ou la marraine offrait volontiers une pièce d'orfèvrerie : une cuillère en argent — d'où l'expression « né avec une cuillère en argent dans la bouche » —, une timbale, un couvert. Dans les campagnes, le folkloriste Arnold Van Gennep a documenté une coutume presque universelle au XIXe siècle : le parrain jette aux enfants de la paroisse des dragées, des noisettes, parfois des pièces de monnaie, pour payer symboliquement le « droit de bienvenue » de son filleul dans la communauté.

La médaille, elle, n'est pas prescrite par l'Église : aucun rite du baptême ne l'exige. Elle relève de la coutume, et cette coutume se fixe au XIXe siècle. Trois facteurs se conjuguent : la ferveur nouvelle née de la Médaille miraculeuse, la production industrielle qui rend les médailles accessibles à toutes les bourses, et le rôle du parrain et de la marraine, témoins du baptême, à qui il revient naturellement d'offrir à l'enfant un signe durable de leur engagement. Progressivement, la médaille — puis la chaîne qui la porte — devient le cadeau de baptême par excellence, l'un offrant l'une, l'autre l'autre, selon des usages qui varient encore d'une famille à l'autre.

Du XXe siècle à aujourd'hui

Le XXe siècle est plus difficile pour l'industrie saumuroise. Le déclin de la pratique religieuse, la concurrence étrangère peu qualitative mais moins onéreuse et l'évolution des modes réduisent le nombre de fabriques. La maison Mayaud cesse temporairement son activité à Saumur dans l'entre-deux-guerres. Le savoir-faire, lui, ne disparaît pas : l'Institut de Bijouterie de Saumur forme toujours de jeunes médailleurs, et les matrices gravées au XIXe siècle continuent d'être utilisées ou réinterprétées. C'est une des forces de la Manufacture Mayaud qui dispose d'une bibliothèque de plusieurs milliers de modèles historiques emblématiques qu'elle frappe à nouveau ou qu'elle réinterprète. De nouveaux modèles, sculptés et frappés en France voient également le jour pour faire perdurer ce métier de passion.

La médaille de baptême, elle, a traversé le siècle en changeant de sens plus que de forme. Elle n'est plus réservée aux familles pratiquantes : beaucoup y voient d'abord un bijou de mémoire, gravé d'un prénom et d'une date, que l'on transmet. L'Ange gardien, la colombe ou une simple croix rejoignent la Vierge à l'Enfant et les saints patrons dans le répertoire des sujets. Mais le geste, lui, est resté celui du XIXe siècle : un parrain, une marraine, et un petit disque d'or ou d'argent qui dit à un enfant qu'on veille sur lui.

Sources

  • Jean Tricou, « Enseignes de pèlerinages et de dévotion », Bulletin des musées lyonnais, 1957, n° 2, p. 39-51.
  • Denis Bruna, Les enseignes de pèlerinage et les enseignes profanes au Musée national du Moyen Âge, Réunion des musées nationaux, 1996.
  • « La pratique du pèlerinage en Provence à la fin du Moyen Âge et au début de l'époque moderne d'après les enseignes et les ampoules », Archéologie médiévale, 2017.
  • Arnold Van Gennep, Manuel de folklore français contemporain, cité dans Annales de démographie historique, 2009/1.
  • Benjamin La Combe, Histoire de l'entreprise Mayaud de Saumur (1710-1901), maîtrise d'histoire, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 1997, Archives municipales de Saumur.
  • Ville de Saumur, « Hôtel Mayaud dit de Castellane ».
  • Saumur Kiosque, « Saumur a été la capitale française de la médaille », 2023, et « Les patenôtriers au cœur des Ardilliers », 2022.
  • Saumur-Jadis, « Du chapelet à la médaille ».
  • Diocèse de Paris, « Sainte Catherine Labouré » ; France Catholique, « L'étonnante histoire de la Médaille miraculeuse ».

Rédigé par la Manufacture Mayaud, médailleur, joaillier et orfèvre depuis 1770. Boutique au 25 rue Vaneau, Paris 7e. Nos médailles sont sculptées, frappées et gravées en France ; nos guides s'appuient sur l'expérience de l'atelier et sur les sources citées en fin d'article.

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